ANNABELLE FOUQUET

Photographe / Auteure de documentaires

Les voix des femmes sámi

SÁPMELAŠ

ELLE UTSI, 32 ans,

Guovdageaidnu/Kautokeino (Norvège).

"Il y avait deux choix de cours à l’université sami à mon époque, et j’en ai suivi un. L’université n’était pas très grande et chaque année, ils ne lançaient pas de nouveaux enseignements. L’enseignement du journalisme a été lancé l’année où je suis allée à l’université, donc je m’y suis inscrite.

Quand on choisit par contre de devenir éleveur de rennes, il faut faire le point de la situation : il faut avoir de bonnes relations avec le groupe de gens avec qui vous allez travailler… Il faut tenir compte du nombre de rennes que vous possédez dans la famille, et de la nature du terrain où vous allez travailler…

J’ai choisi de faire autre chose et en fait, je suis aussi une peu éleveuse de rennes, même si je n’en gagne pas ma vie. Je ne travaille pas avec les rennes, mais ils j’en possède. J’y vais quand j’en ai l’occasion, c’est tout. J’ai un travail indépendant mais j’ai aussi choisi un travail en relation avec l’élevage des rennes, c’est mon projet actuel. Je suis une éleveuse de rennes des temps modernes et je fais mon travail d’éleveuse devant un écran d’ordinateur si on peut dire...

Je veux que mon travail soit en relation avec la société à laquelle j’appartiens, celle de l’élevage des rennes. Mon projet m’en a donné l’occasion : je veux faire un livre sur le rôle des femmes dans l’élevage des rennes.

Depuis 1978, le travail des femmes-éleveuses de rennes n’est pas vraiment valorisé par la loi sur l’élevage des rennes. A l’heure actuelle, ils essayent de le revaloriser : ils ont annoncé de l’argent destiné à des projets comme le mien. C’est grâce à cet argent que je peux le faire.

Je pense que la valeur de chaque sexe est toujours sujet à discussion, aujourd’hui, dans l’élevage de rennes. C’est lié au fait que ce sont presque uniquement les hommes qui font l’élevage des rennes dans la montagne. Et c’est en contradiction avec la loi d’égalité des sexes. Mais ce n’est pas un cas facile à régler. Ce n’était pas un sujet important dans la société traditionnelle des éleveurs de rennes. Tous devaient travailler dans un but : survivre. Parfois, c’était les femmes qui faisaient tout le travail, y inclus celui des hommes, et inversement. Ils savaient coudre et faire la cuisine. Selon les spécialistes de la société traditionnelle des éleveurs de rennes, il y avait partage des tâches entre hommes et femmes. Par exemple, les femmes prenaient en charge les jeunes enfants, la cuisine et les vêtements. Aux hommes revenaient l’élevage des rennes, l’abattage et la chasse. Mais ils s’entraidaient. Les spécialistes disent aussi que le renne était essentiel pour les éleveurs autrefois, ce qui donnait au travail direct avec les rennes une valeur primordiale et ce qui donnait par conséquent à l’éleveur une valeur prédominante. Mais la femme, dans son travail, avait aussi une valeur fondamentale, c’était « la responsable de la tente », comme on disait Puis les choses ont changé : les éleveurs de rennes sámi sont partis vers les villes, pour être près des écoles, entre autres. Sont ensuite venues les lois sur l’élevage des rennes. Ils ont pris pour modèle le système et les lois appliqués aux fermiers norvégiens. Et les lois étaient faites pour les hommes. Donc, c’est aux hommes que les lois ont accordé les droits de concession d’élevage de rennes. Depuis cette époque, les années 70 et avant, les femmes ont commencé à être éloignées davantage des de l’élevage. Mais comme je connais ce monde de l’élevage, je je peux dire que l’on a pas été pour autant discriminées. Quand on s’assied tous autour de la table pour manger de la viande de renne, on a tous le sentiment que c’est notre viande de renne, à nous tous. C’est ce que je ressens envers l’élevage de renne : il est à nous tous, à toute la famille. Mais si vous demandez aujourd’hui s’il y a égalité des sexes pour démarrer le travail d’élevage de rennes, la réponse est « non ». Ce n’est facile pour personne de se lancer dans le travail avec les rennes ici, à cause du manque de terre. Si c’est difficile pour les filles de commencer à travailler avec les rennes, c’est surtout dû au fait que le système d’élevage a été fait par les hommes et pour les hommes. Ils n’acceptent pas facilement les femmes et pour elles, c’est difficile d’aller dans le domaine des hommes et d’y gagner leur vie. Si elles ont des enfants, ça ne sera pas facile non plus dans quelques années… Ce n’est donc pas vraiment facile. Mais je pense que les femmes devraient plus participer au travail d’élevage de rennes, tout en continuant à faire la couture, la cuisine et tout le reste.

Mais si elles avaient été plus proches de l’élevage et de la nature, je pense que la part de notre culture qui « appartient » aux femmes aurait mieux survécu. Aujourd’hui, beaucoup de femmes font leur travail traditionnel le week-end et après le travail…Et c’est dommage qu’elles n’aient pas plus de temps pour le faire. Mais bien sûr, les femmes peuvent le faire si elles le veulent vraiment. Il suffit de se dresser contre les nouvelles façons de vivre et tout ce qui les éloigne de leur artisanat.

Les femmes savent beaucoup de choses. Ce sont elles qui enseignent aux enfants comment s’occuper des rennes. Les hommes sont dans les enclos et n’ont pas le temps de donner leurs instructions aux enfants. Ce sont les femmes qui apprennent aux enfants à marquer les petits ou à reconnaître les rennes. Elles leur apprennent quand ils sont tout petits et ils apprennent en suivant les adultes dans leur travail. Bien sûr, quand ils sont plus grands, ils peuvent suivre leur père. Quand ils étaient jeunes,, on enseigne l’élevage et l’abattage, aux garçons comme aux filles.

Mon père ne savait peut-être pas coudre aussi bien que ma mère, mais ma mère et ma grand-mère savaient s’occuper du troupeau. Certaines années, mon grand-père n’était pas au troupeau et ma grand-mère disait à ma mère qu’elle préférait emmener ses filles avec elle et aller au troupeau elle-même plutôt qu’emmener un garçon s’occuper du troupeau, quand son mari n’était pas là.

Je ne dis pas qu’elles font toutes ce travail, mais elles ont le savoir.

Avant les femmes s’occupaient de l’élevage, quand elles étaient plus jeunes, car elles pouvaient aller plus facilement au troupeau. Mais quand elles ont eu des enfants, ça n’a plus été aussi facile pour elles. Aujourd’hui, il faut que les femmes travaillent dans des emplois rémunérés, elles ne peuvent plus se rendre au troupeau de façon quotidienne. Elles travaillent en dehors de la maison, elles gagnent leur vie. Leur rôle a beaucoup changé du fait de cet éloignement.

Pourtant, elles savent le faire, comme ma mère. Elle sait faire tout ça, alors que nous, on ne sait pas.

Les savoirs traditionnels des femmes n’ont pas changé, mais la différence, c’est qu’elles n’en vivent plus. Elles ne peuvent pas continuer à vivre de façon traditionnelle.

C’est depuis que la société occidentale est arrivée, avec les lois norvégiennes, que ça a changé. Le système norvégien ne donne de l’argent que pour le commerce de la viande, car à leurs yeux, l’élevage de rennes c’est seulement la vente de la viande. Mais l’élevage de renne c’est bien plus que ça.

Ça ne consiste pas seulement à sortir et s’occuper du troupeau : c’est une vraie culture, qui va plus loin que le simple commerce de la viande. Les femmes ont aussi un travail important de transmission de culture auprès des enfants.

Le problème, c’est qu’elles n’ont plus le temps nécessaire à cause de leur travail. Elles ont besoin d’argent mais elles ont aussi besoin de la société, comme ici la ville de Kautokeino.

Pratiquement tous les gens qui vivent ici sont sámi, il y a des écoles, du travail pour les sámi, tout ce qu’on trouve habituellement dans une petite ville.

On a aussi besoin d’argent car les machines dans la société d’élevage des rennes coûtent très cher, comme le carburant. Les femmes gagnent de l’argent, plus que les hommes quand elles suivent des formations et trouvent de bons emplois en dehors de l’élevage de rennes. Mais si elles ne veulent pas avoir ces emplois, ça leur est alors difficile de gagner de l’argent.

La société a changé : tout le monde a besoin de plus d’argent. On veut vivre dans des maisons car c’est plus confortable et on a donc besoin de plus d’argent.

Le commerce de la viande de rennes s’est beaucoup développé car il correspond à la nouvelle société. Ce n’est pas la même chose pour les travaux des femmes, comme par exemple le travail des peaux.

Ma mère, elle ne vit que de l’artisanat. Mais cet aspect de la culture sámi n’a pas été aussi développé que celui de la vente de la viande de rennes. Les femmes n’obtiennent pas beaucoup d’argent pour le travail qu’elles fournissent. Mais au courant des dix dernières années, le parlement sámi, le sámidiggi a créé un système de support financier pour le duodji, l’artisanat. Mais reste que cette partie de l’élevage de renne ne s’est jamais autant développé que la vente de la viande.

Je ne suis pas femme d’éleveur, mais je reste tout de même éleveuse dans ma propre famille. Quand il se passe quelque chose, je m’occupe de tout, j’aide autant que possibe. Mais maintenant que j’ai un enfant, il ne me reste plus beaucoup de temps. Ça peut m’arriver de conduire les rennes d’attellage, si je le veux, mais je ne le fais pas, c’est ma mère qui s’en charge. Ça m’arrive aussi de les nourrir, je l’ai beaucoup fait. On continue de suspendre la viande de renne tous les printemps pour la faire sécher, à traiter les peaux et à peut-être à les vendre.

Aujourd’hui, on s’occupe du báikedoalli. Dans le savoir des femmes, il n’y a pas que l’élevage, fait par les femmes et les hommes, il y a aussi un travail important à la maison, le báikedoalli : s’occuper du départ des éleveurs, couper l’herbe pour mettre dans les chaussure, s’occuper de la paperasse, des finances... Ce sont des travaux de femme.

Ma mère a en fait deux emplois : celui de mère et celui de báikedoalli, qui consiste à s’occuper du lieu, à être le maître du lieu, de la maison.

Par exemple, quand il faut faire les préparatifs pour la transhumance vers la côte, auquel les femmes participent, c’est aussi elle qui peut s’en charger. Quand on a besoin de quoique ce soit dans l’élevage de rennes, par exemple des cordes avec lesquelles on attache les rennes quand on les place dans d’autres troupeaux, elle sait où elles sont, elle sait tout, tout ce dont on a besoin pour les différents travaux. Elle vérifie aussi si tout est en ordre et quand ce n’est pas le cas, elle s’occupe de tout, des tentes, des matériaux, des remorques des motoneiges...

Mon mari n’est pas éleveur de rennes, donc je n’aurai pas besoin de le faire.

Ma mère peut aller dans la montagne, ou je pourrais aussi le faire si mon frère me le demande, par exemple. On s’occupe aussi de la viande comme on l’a fait il y a quelques semaines, car il n’y a qu’un gars qui travaille au troupeau, il nous envoie les rennes ici et on fait l’abattage et la préparation de la viande nous-mêmes. Ma mère sale la viande et plus tard, on la suspend. Les femmes s’occupent des peaux de rennes, travail qui peut être très rentable...

Les femmes s’occupent de tout un tas de choses, le duodji, l’artisanat traditionnel, le travail des peaux, la préparation des morceaux de rennes qui n’ont pas été vendus : la tête, les pieds, l’intérieur...

Ma mère m’a appris à abattre les rennes. Elle peut aussi me dire ce qu’elle pense du troupeau ou de la météo.

Depuis sa naissance, ma fille est allée dans tous les rassemblements de rennes, et je pense que c’est important pour elle. J’ai toujours aimé aller dans la montagne avec les rennes et c’est pour ça que je veux qu’elle participe.

Du fait des grands changements dans la société, mes enfants ne reçoivent pas l’éducation que ma mère m’a transmise. Par exemple, j’avais quatre ans quand on a eu cette maison. Les premières années de ma vie, je les ai vécues là-haut dans la montagne et on passait beaucoup de temps dehors. Je crois qu’il faut que ma fille connaisse la nature, comme moi. Il faut qu’elle sache survivre dehors et se nourrir de ce qu’on trouve dans la nature.

Je veux que mes enfants grandissent dans la culture que j’ai connue.

Ma fille fera ce qu’elle veut plus tard, mais je lui donne les bases. Je lui enseigne notre culture et c’est elle qui choisira si elle veut travailler dans cette société ou non. Si je ne lui enseigne pas , elle n’aura qu’une connaissance partielle.

En tant que sámi, on est une minorité, on est des autochtones, et on vit dans le système norvégien. On a subi la discrimination, et je ne suis pas sûre que mes enfants puissent bénéficier d’une éducation pleinement sámi. Il faut que je sois très attentive à ça.

Dans les documents officiels, il est écrit que les enfants sámi doivent avoir accès à leur propre culture au jardin d’enfants par exemple. Mais, en réalité, il n’y a pas tant de livres écrits en sámi pour les enfants, dans les jardins d’enfants, beaucoup de livres sont norvégiens. Les images représentent la société norvégienne, et pas les sámi.

Donc, je n’aime pas tant que ça l’emmener au jardin d’enfants car je sais qu’elle n’y reçoit pas l’éducation que je voudrais. Ça s’est quand même amélioré ces dix dernières années.

Je voudrais que nos enfants jouent avec des tentes, des berceaux sámi : les Giettkka, avec tous les objets de notre vie quotidienne.

La culture est comme un langage : si tu as reçu un bon apprentissage, tu réussiras mieux

dans la vie. Notre culture est une bonne culture dans laquelle vivre, elle est plus écologique, elle tourne moins autour de l’argent, elle est proche de la nature, pas aussi stressante que celle du monde occidental actuel. Mais je ne veux pas dire qu’elle est meilleure que les autres cultures. C’est juste bon de savoir que l’on peut avoir sa propre culture, et la connaître suffisement.

Je n’ai pas besoin de lui enseigner le Norvégien : tout est écrit en norvégien, sur les aliments, sur la bouteille de lait… Ils apprennent le norvégien en regardant la télé tous les jours. On ne se pose pas de question quant à son apprentissage du Norvégien, ça vient de soi : c’est plutôt l’apprentissage du Sámi qui nous préoccupe, même si c’est sa langue maternelle et qu’on la parle à la maison.

Avec ma mère, par exemple, elle l’apprend bien, mais au jardin d’enfants, la langue sámi n’est pas bien parlée : ils utilisent beaucoup de mots norvégiens, même sans y penser. Les norvégiens ont essayé d’assimiler le sámi, et on a perdu beaucoup de notre culture au fur et à mesure. Elle n’est plus entière comme elle l’était avant.

On enseigne aux enfants en les emmenant avec nous dans nos travaux. C’était comme ça avant, quand on n’avait pas de motoneiges, il fallait toujours quelqu’un pour rester avec le troupeau. C’était dur d’y aller en ski et c’était les femmes qui restaient seules à la maison avec les petits. C’est ma mère qui m’a tout enseigné.

Ma sœur aînée se souvient mieux de cet ancien mode de vie.

Je suis très traditionnelle et je serais peut-être plus adaptée à la société d’autrefois. Je sais que la vie était dure à cette époque par rapport à la nôtre. C’est pour ça que j’aurais voulu que le changement se passe autrement, moins vite.

Vous savez sûrement que, quand le changement est arrivé, il a provoqué l’alcoolisme et d’autres problèmes sociaux chez les autochtones. Il a été plus fort chez d’autres, comme les inuit par exemple. Ils se tuent, ils boivent. Ça a été un choc culturel ici aussi. Mais du fait qu’on a un bon niveau de vie ici, du fait que la Norvège est un pays si riche, ces problèmes ne sont pas aussi graves qu’au Groenland par exemple.

Mais les problèmes restent en nous : c’est très difficile. L’éducation sámi de ma fille, que je dois assumer, c’est un problème qui m’est personnel, que les autres ne peuvent pas comprendre. Je me questionne sur la manière de lui offrir suffisamment d’aspects de notre culture qui lui donneront une identité forte. De cette manière elle pourra s’épanouir, devenir quelqu’un ayant de bonnes valeurs, ayant une appartenance naturelle à sa propre culture, son pays et son chez-soi. Sans cela, on peut se retrouver en plein coeur des problèmes soicaux typiques qui touchent les peuples autochtones.

Si le changement avait juste été un peu moins rapide, on n’aurait peut-être pas perdu autant. Par exemple, je ne connais pas toutes les vieilles histoires.

La religion sámi a été totalement interdite à l’époque de ma mère, et depuis bien des siècles. Ce qui reste très présent, ce sont les pierres sacrées. Quand on était petits, ma mère nous racontait qu’avec mon père ils allaient offrir du poisson aux pierres pour avoir des filles, mais c’était des histoires, ils ne le faisaient pas pour de vrai. Ça montre quand même qu’ils continuaient de respecter les pierres des montagnes. C’est presque tout ce qui reste.

On fait partie de la chrétienté maintenant, mais on ne va pas à l’église si souvent. Ça donne surtout des occasions de se réunir en famille. C’est bien d’avoir des baptêmes car il y a un vrai spectacle et on fait tous ces beaux vêtements. Je pense que la religion a un effet positif pour ça. Toutes les occasions qui permettent de se rassembler entre sámi, et qui permettent de faire vivre notre culture me semblent bonnes.

A l’époque de ma mère, la religion chrétienne était plus dure : le laestadianisme était dur mais je pense que ça a été un bien pour les sámi car il y avait trop de désordre et les gens buvaient trop à cette époque, à cause du système norvégien.

C’est comme le yoik, le chant traditionnel . On a appris le yoik tout seuls : ma mère ne nous l’a pas appris à la maison en grandissant, mais notre mère a yoié plus tard et nous l’avons enregistré.

Autrefois, avant l’arrivée des norvégiens, il y avait plusieurs communautés les siida. Cet ancien système a en partie disparu et en partie subsisté bien sûr, malgré l’absence d’écrits. Les norvégiens, les finlandais, les suédois et les russes sont arrivés vers le 12ème siècle, de plus en plus nombreux à partir du 16ème siècle, avec leurs églises. Les prêtres sont arrivés et ont dit aux sámi que leurs croyances étaient un pêché. Pendant longtemps, ils ont tranquillement détruit la société sámi. On est en contact avec les lois norvégiennes depuis déjà des centaines d’années… Ça fait donc longtemps qu’ils la connaissent, la loi.Ils réclamaient des impôts, et les sámi payaient les impôts contre des peaux. Parfois, quand ils se trouvaient sur des zones frontalières, ils devaient payer les impôts des deux pays. Même en vivant dans la montagne ils étaient toujours en contact avec les norvégiens.

Avec les troupeaux sur la côte, ils étaient à deux jours de la civilisation norvégienne. Mais la loi et le système norvégiens ne sont pas adaptés aux sámi , ils sont adaptés aux norvégiens. Les sámi ont toujours eu du mal à survivre à ces lois. C’est difficile parfois de ne pas être hors-la-loi. Par exemple, récemment, il y a eu une nouvelle loi : les sámi n’ont pas le droit de castrer les rennes eux-mêmes, même s’ils en ont un excellent savoir traditionnel. Les gens continuent pourtant à le faire dans les montagnes malgré l’interdiction. Ils le font car ils savent le faire. Le système norvégien n’est pas adapté à la société sámi.

Il y a eu un réveil culturel depuis la manifestation contre le barrage de la rivière Alta en 1980. Ça a été un changement radical pour les sámi de Norvège. Après ça, il y a eu une commission des droits sámi.

Après la seconde guerre mondiale, la société sámi s’était joint aux norvégiens pour reconstruire. Mon grand-père s’était impliqué dans la municipalité sámi, pour refaire l’internat. Mais ça n’est pas avant les années 70 qu’il y a eu une renaissance culturelle sámi. Cette génération a donné aux sámi un sens à leur vie, surtout après les manifestations contre le barrage de la rivière Alta- Kautokeino en 1980.

Ils ont essayé de faire passer les idées samis dans les écoles, dans certains systèmes, la liberté pour les activités liées à l’élevage, la possibilité pour les enfants de quitter l’école quand il se passe des activités en montagne.

La génération d’avant celle de ma mère a beaucoup fait : avant moi, la culture sami était interdite à l’école. Quand ma génération est allée à l’école, presque tous nos droits étaient respectés. Mais encore maintenant, tout n’est pas pas parfait : il n’y a pas assez de livres en sámi.

Les lois norvégiennes sont très strictes mais on essaye de les améliorer.

Je pense que ma mère n’a aucun problème d’identité et elle ne comprend pas ce besoin de se battre pour notre identité. Elle a davantage vécu dans une société sámi. Elle ne peut comprendre le problème comme nous. Son éducation scolaire n’était pas aussi sámi que la nôtre aujourd’hui, mais elle a grandi dans les montagnes dans une société et une culture d’éleveurs de rennes."