ANNABELLE FOUQUET

Photographe / Auteure de documentaires

Les voix des femmes sámi:

SÁPMELAŠ

HISTORJÁ, "L'Histoire"

« Autrefois, avant l’arrivée des norvégiens, il y avait plusieurs communautés familiales, les siidat. Cet ancien système a en partie disparu et en partie subsisté, malgré l’absence d’écrits. Les norvégiens, les finlandais, les suédois et les russes sont arrivés vers le 12ème siècle, de plus en plus nombreux à partir du 16ème siècle, avec leurs églises. Les prêtres sont arrivés et ont dit aux sámi que leurs croyances étaient un pêché. Pendant longtemps, ils ont tranquillement détruit la société sámi. On est donc en contact avec les lois norvégiennes depuis déjà des centaines d’années… Ça fait donc longtemps que l’on connait la loi. Même en vivant dans la montagne les sámi étaient toujours en contact avec les norvégiens. Avec les troupeaux sur la côte, ils étaient à deux jours de la civilisation norvégienne. Dès les premiers contacts, les européens réclamaient des impôts, et les sami les payaient, contre des peaux. Parfois, quand les sámi se trouvaient sur des zones frontalières, ils devaient payer les impôts de plusieurs pays à la fois. La loi et le système norvégiens ne sont pas adaptés aux sámi. Les sámi ont toujours eu du mal à survivre à ces lois. «

ELLE UTSI, 32 ans, Norvège.

« La culture Norvégienne est arrivée très vite à ma mère. Elle avait vingt-trois ans lorsque les motoneiges sont arrivées et avec elles la vie a changé très vite. Elle a vécu dès sa naissance une vie sans machines et puis, soudain, une vie avec toutes les choses qu’elle a maintenant.

Ma grand-mère a vécu toute sa vie sans machines. C’était une vie différente. Je ne peux pas dire que c’était une vie romantique car le travail était vraiment très dur. Beaucoup de gens mouraient jeunes. La vie était vraiment dure, comparée à la nôtre.

Ça serait bête de ma part d’affirmer que la vie était meilleure en ce temps-là, mais aujourd’hui, j’en ai assez de la vie moderne, de l’obligation d’être moderne dans une société moderne. Ça n’est pas si facile de vivre en dehors de tout ça et si vous essayez, de toute façon, on vous pénalise. La société est organisée de telle façon que vous êtes dépendant. »

KARI-MÁKREDA UTSI, 28 ans, Norvège.

« Tout a vraiment changé après la seconde guerre mondiale quand les samis ont commencé à vivre dans des maisons, quand sont arrivés les motoneiges et les voitures… Pendant la guerre, tout a brûlé ici dans cette région de Norvège. Il a alors fallu tout reconstruire, sámi et Norvégiens ensemble, et tout a été reconstruit à la mode norvégienne : les maisons, les écoles et tout le monde est parti en internat... »

SARA-IŊGÁ UTSI BONGO, 26 ans, Norvège.

« Après la seconde guerre mondiale, la société sámi s’était joint aux norvégiens pour reconstruire. Mon grand-père s’était impliqué dans la municipalité sámi, pour refaire l’internat. Mais ça n’est pas avant les années 70 qu’il y a eu une renaissance culturelle sámi. Cette génération a donné aux sámi un sens à leur vie, surtout après les manifestations contre le barrage de la rivière Alta- Kautokeino en 1980.

Ils ont essayé de faire passer les idées samis dans les écoles, dans certains systèmes, la liberté pour les activités liées à l’élevage, la possibilité pour les enfants de quitter l’école quand il se passe des activités en montagne. "

ELLE UTSI, 32 ans, Norvège.