ANNABELLE FOUQUET

Photographe / Auteure de documentaires

Les voix des femmes sámi

SÁPMELAŠ

IŊGÁ-MÁRET GAUP-JUUSO, 23 ans,

Née àKaresuando (Finlande), vit à Guovdageaidnu/Kautokeino (Norvège).

"Je prépare une licence de langue sámi depuis trois ans. Après la licence, j’envisage de continuer un master en langue sámi à l’université de Kautokeino. J’ai toujours été intéressée par ma propre langue. Je veux apprendre encore plus et j’en aurai peut-être besoin dans le futur. Je suis sûre que je travaillerai avec le yoik, le chant traditionnel, ou bien avec la langue sámi. Bien sûr, on a tous des rêves, mais je pense que je dois avoir un vrai travail, en relation avec la langue sámi. J’envisage de travailler grâce à elle un jour, peut-être dans l’enseignement.

Je rêve aussi de travailler dans la musique. Le yoik fait partie de moi. C’est ma passion, parce que ça fait partie de ma culture. Au commencement de ma vie, quand j’avais quatre ou cinq ans, j’ai commencé à yoiker.

Je me souviens quand j’étais toute jeune que mon père et moi on yoikait en conduisant le quatre-roues dans la toundra, à la recherche des troupeaux de rennes. J’ai tant de bons souvenirs : à chaque fois qu’on voyageait dans la toundra, mes frères me demandaient de yoiker car ils trouvaient ça beau.

Par la suite, vers huit ans, les gens ont commencé à me demander de me rendre dans différents endroits pour yoiker. J’étais un peu payée pour ça.

Quand j’ai finalement choisi de yoiker sur des scènes plus grandes, ça m’a beaucoup plu. Quand je suis sur scène, j’ai la puissance, je yoike très fort, je pousse ma voix de façon naturelle. Je peux transmetttre quelque chose de bon aux gens quand je suis sur scène. Je fais partager mes sentiments. J’ai reçu ce don de pouvoir yoiker. Je yoike les voix lointaines de mes ancêtres et je partage avec les autres. Le yoik a une histoire très ancienne. Quand je yoike, je sens en moi l’histoire des pères et des mères des temps anciens, et je peux le partager avec d’autres personnes. Le Yoik a une si vieille histoire.

On peut exprimer beaucoup dans le yoik, on peut yoiker des personnes, des animaux, des lieux, et tout les sentiments qu’on veut exprimer. Autrefois, le yoik faisait partie de la vie quotidienne, on yoikait en travaillant ou en traversant le pays avec les rennes. C’était le quotidien.

Il n’y a pas tant de jeunes qui peuvent yoiker aujourd’hui, mais ça revient à la mode. La musique sámi devient aussi de plus en plus populaire.

Le yoik a tant de facettes, il faudrait qu’il soit plus présent dans ce monde. Je suis sûre que certains ailleurs attendent ce chant.

Si une seule personne obtient quelque chose grâce à mon yoik, ça me suffit. C’est quelque que je veux partager. Ce qui donne de la puissance à l’artiste, c’est que les gens apprécient et qu’ils en gardent quelque chose. C’est la raison d’être des artistes et de ceux qui les écoutent. C’est la seule raison d’être sur scène.

Je me suis produite sur scène dans trois théâtres dans des pièces dans lesquelles il y avait du yoik. Le plus grand théâtre dans lequel je me suis produite était le Théâtre National Norvégien à Oslo. J’ai été la première femme sámi à jouer au Théâtre National de Norvège. J’ai été honorée d’y être invitée. Avec le Théâtre National Sami, on a joué en Inde, en Asie, au Népal, au Bengladesh et beaucoup en Norvège.

Je suis en train de démarrer un CD, mais je ne peux pas encore en parler car je n’en suis qu’au début. À l’heure actuelle, j’ai arrêté le théâtre car je mets toute mon énergie dans mes études et dans ce CD.

Je pense qu’il faut faire des choix car on n’a pas le pouvoir de tout faire en même temps. J’ai toujours dit que j’adorais le théâtre, mais je ne suis pas sûre d’être faite pour être comédienne. Je préfère exprimer mes sentiments par le yááoik et la musique. Je préfère aussi lire et étudier tout ce que je peux sur la langue sámi. Ça m’aide dans ce projet musical car je serai peut-être en mesure d’écrire ma propre poésie ou mes propres œuvres avec mes propres mots. Les deux désirs sont entremêlés.

Ici, si on veut vivre de la musique sami et gagner son pain, il faut être connu et faire beaucoup de concerts. Ils sont si peu nombreux ceux qui vivent de la musique. La plus connue, c’est Mai Boine Persen.

Maintenant, que je suis mère, je dois être sûre de mon avenir, car. Je dois donc faire plus que de la musique. Réussir dans la musique c’est trop aléatoire. Ça dépend beaucoup des gens : est-ce qu’ils aiment votre musique, est-ce que vous avez assez de dates de concerts…On ne peut pas se contenter de s’asseoir et de yoiker.

Après la naissance de ma fille, ma vision du monde a beaucoup changé, de façon positive. Quand vous avez un enfant, vous devenez responsable de quelqu’un. Je me sens plus sensible, je ressens les choses les plus infimes, la vie, le sens du monde. J’accorde encore plus de respect aux détails et à la nature, à ce qui mène au bonheur.

Mais je dois être sûre d’avoir du pain sur la table, ce n’est plus comme avant… On ne peut plus se nourrir de la nature et ne pas tenir compte de ce monde basé sur l’argent. Un monde où l’argent est roi. Dans le futur, si j’ai des diplômes, j’aurai des chances d’avoir un bon travail. C’est pour ça que j’ai choisi d’étudier la langue sámi. C’est aussi parce qu’elle me tient à cœur : j’adore cette langue parce que c’était ma langue maternelle.

Grâce à elle, j’ai plus de confiance en moi.

A l’époque de ma mère, c’était différent : ce n’était pas fréquent d’aller à l’école. C’était une époque où les femmes restaient à la maison à faire de l’artisanat, à s’occuper des enfants, de la famille et de la maison. On connaissait la même chose que dans d’autres pays : les femmes devaient rester à la maison. Ce n’était pas bien vu que les filles aillent étudier. Beaucoup de filles le voulaient bien sûr, mais les parents ne leur permettaient pas car c’était contraire aux règles de vie et à l’image des femmes à cette époque. On préférait que les femmes fassent de l’artisanat, qu’elles travaillent avec les rennes qu’elles aident les hommes, qu’elles nourrissent les enfants, qu’elles fassent le ménage, les repas et qu’elles restent chez elles avec tous leurs enfants. Et les enfants étaient si nombreux car elles n’avaient pas l’opportunité d’avoir la contraception à l’époque. C’était le même schéma partout autrefois : l’image qu’on se faisait de la femme, c’était à la maison. Chaque génération a une image différente de ce que les femmes doivent être, et les gens se conforment aux règles de la société. Autrefois, les sámi avaient leurs propres règles de société et leurs propres valeurs humaines.

Ici, chez les sámi, cette vie traditionnelle n’était peut-être pas aussi dure : certaines appréciaient leur vie. Car tout le monde n’est pas fait pour les études. Moi-même, j’ai aussi rêvé de ça : rester chez moi, avec les enfants, travailler de mes mains, être proche de la nature. C’est peut-être aussi une belle vie. Par exemple, quand elle était jeune, ma mère était à la maison, à faire ses activités. Maintenant il faut qu’elle aille travailler à l’extérieur car le travail artisanal ne rapporte plus assez d’argent.

C’est dommage que les femmes de la génération de ma mère ne puissent plus travailler chez elles. Elles ne peuvent plus faire ce qu’elles ont appris quand elles étaient jeunes. Comme elles n’ont pas pu faire d’études quand elles étaient plus jeunes, on ne leur donne que des emplois mineurs. Cette situation est très difficile aujourd’hui pour certaines femmes.

Maintenant, on a cette université sámi à Kautokeino, et de nouvelles maisons. Je pense que la situation s’améliore : on a la possibilité d’étudier dans notre propre langue. C’est fantastique. Les sámi sont de plus en plus forts pour réaliser leurs propres projets. Leur niveau d’instruction s’améliore sans cesse, par conséquent notre langue et notre histoire ne mourront pas. On lit, on apprend. Ça n’était pas possible quand ma mère avait mon âge. C’était une honte de parler sámi. Beaucoup de sámi ont perdu leur language, car ils étaient obliger de le changer et de changer de culture.

Aujourd’hui, la musique sámi s’améliore, en Norvège surtout. Il reste encore beaucoup à faire ici en Finlande, en suède et en Russie également.

La société norvégienne nous traite mieux que les finlandais ou les suédois. Ils pensent encore qu’on vit dans des tentes, sans électricité, sans se laver, sans écoles et qu’on n’est pas capable de parler finnois. Ils ne connaissent rien de nous et nous considèrent comme des idiots.

Si je parle sámi ici, dans le nord, dans les magasins ou sur mon portable, ça les fait rire, même dans une grande capitale comme Helsinki. C’est une honte. Tandis que quand j’étais à Oslo, en Norvège, il n’y avait aucun problème : je n’étais qu’une étrangère de plus parlant sa langue. C’est une question de politique. Mais ça s’améliore. Le pire, c’est en Suède je crois.

En Norvège, à Kautokeino par exempe, les sámi sont plus confiants et sont plus fiers parce que presque tout le monde est sámi. L’identité sámi est plus forte que dans la partie Finlandaise.

Bien que sámi, je fais aussi partie de la société finlandaise. On a de vraies maisons et tout ce qui vient avec , mais on a une façon de vivre sámi.

L’été, quand on est là-haut dans les montagnes, on vit encore dans les lavvu, les tentes traditionnelles.

C’est difficile à expliquer, je fais partie de ce pays, la Finlande, mais, je fais aussi partie du territoire sápmi, au-delà des frontières qui ont été imposées. On a des contacts avec les sámi russes, suédois, finlandais et norvégiens. Les sámi traversent encore les frontières comme avant, il y a des différents dialectes mais on se comprend tous.

Ma vraie langue est le sámi. Ma mère est originaire du côté norvégien, mon père du côté finlandais. Ils se sont mis ensemble de façon naturelle car ils parlaient sámi.

J’ai un contact personnel avec le sámi car mes parents le parlent. Je me sens proche aussi du finnois et des finlandais. Je ne veux pas faire partie d’une communauté à part. On a notre culture mais on est aussi nés en Finlande.

Mon autre langue maternelle est aussi le finnois car j’ai grandi en Finlande. Il y a beaucoup de sámi dans la même situation, avec deux langues maternelles. Je ne suis pas le genre à dire : « Je suis sámi, par opposition aux autres cultures ». Mon esprit est ouvert aux autres cultures. Beaucoup de mes amis sont finlandais. Je m’adapte à tout car je sais qui je suis. Quand je voyage, je construis ma maison. Je sais ce qui est en moi car j’ai grandi ici. Je suis sámi, je suis fière de cette culture et ça ne veut pas dire que je ne m’adapte pas à la culture finlandaise ou norvégienne. Vous ne le pouvez pas si vous n’avez pas l’esprit ouvert.

Je sais où est mon foyer : là où sont les rennes, le yoik, le soleil, et mon amour pour mes parents, mes sœurs, mes frères et ma fille. Mon foyer, c’est aussi où j’entends les voix des ancêtres ici, dans ces terres. Elles sont en moi, toujours c’est ça mon foyer.

J’essaie de donner à ma fille les meilleures règles de vie possibles, celles qui pourront l’aider. C’est elle qui décidera ce qu’elle voudra faire. J’espère aussi avoir assez d’informations de la part de ma mère pour les transmettre à ma fille.

Il y a aussi mon copain. Je ne suis pas seule : son père l’élève aussi. Le meilleur moyen de bien gérer nos vies, c’est de travailler avec les hommes, de s’aider mutuellement. Aujourd’hui, c’est différent : les hommes travaillent souvent avec les rennes et les femmes doivent travailler à l’extérieur. Mais cela dépend des couples.

Bien sûr, les femmes doivent continuer à s’occuper des enfants, des repas, de la maison, du fait que les hommes sont loin, pour leur travail avec les rennes. Mais aujourd’hui, les femmes font plus que ça, ce n’est plus leur activité principale, elles doivent avoir un autre emploi. Certaines veulent rester chez elles et faire de l’artisanat. Ça pourrait être aussi une vie agréable de rester faire de la couture à la maison...

Je suis quand même contente qu’on ait le choix d’aller faire des études. J’apprends tant à l’école, à l’université sámi. On peut tout apprendre sur l’histoire des sámi. Je me sens plus forte dans mon identité, je sais qui je suis. J’apprends aussi sur d’autres cultures, je me rends compte des bienfaits de ma culture par rapport aux autres. Il faut respecter notre culture. C’est si bon d’apprendre dans sa langue maternelle. Cet enseignement a du bon, car c’est l’assurance que notre culture s’étendra à l’avenir. C’est la garantie de l’extension et de la force de notre culture dans le futur.

Je pourrais aussi passer plus de temps avec les rennes si je le voulais, malgré mes études. Mais avec mon enfant, c’est difficile, il faut que je m’organise.

Les femmes travaillent aussi avec les rennes, mais je ne suis pas assez forte pour le faire personnellement. J’essaye d’être là pour aider mon père, pendant les vacances ou quand c’est nécessaire.

Du fait que je puisse suivre des études, je me sens plus libre que ma mère, aussi dans la mesure où je peux étudier dans ma langue alors qu’elle ne le pouvait pas. Mais je regrette de n’avoir pas appris autant l’artisanat qu’elle quand elle était plus jeune.

Il me reste tant à apprendre, je ne suis qu’à mi-chemin. Il y a beaucoup d’artisanat que je ne maîtrise pas encore mais j’apprends sans cesse.

Je me demande comment elle faisait pour nous faire la robe traditionnelle à tous, les chaussures… Moi, je ne pourrais pas, à cause de mes études. Je n’ai pas beaucoup de temps libre. J’essaie d’apprendre tout ce que je peux. J’ai déjà appris à faire la robe traditionnelle. Mais il y a tant de chose auxquelles il faut penser, de petites choses qu’il faut connaître, car ma mère est très perfectionniste. Lorsqu’elle m’apprend, je deviens aussi perfectionniste, car on apprend mieux ainsi. Je ne suis pas obligée de tout savoir, mais je le veux quand même. C’est très précieux, je me sens bien quand je porte la robe traditionnelle, mais ça revient trop cher de la porter tous les jours. Je pense aussi que c’est bien de porter des vêtements sámi modernes, revisités. Ce qui compte, c’est de ne pas perdre ces savoirs traditionnels, ils sont si nombreux…

Les vêtements sámi modernes se sont aussi inspirés de la tradition : c’est bien de mélanger les deux. Ce qui compte, c’est de les fabriquer nous-mêmes. Mais les magasins à touriste fabriquent trop vite des vêtements de mauvaise qualité, ce qui donne une fausse image de nous aux étrangers.

C’est bien que les activités d’artisanat restent entre nos mains.

Toutes les mères veulent toujours ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants. Ce qui compte le plus, je pense, c’est de leur apprendre les règles de vie et également la culture sámi. Quand elle avait six mois, lors du marquage des rennes durant l’été, j’ai emmené ma fille dans le camp familial. Il pleuvait, il faisait si froid et je restais avec elle sous la tente, près du feu. Je me disais que les mères ne font plus ça aujourd’hui. Elle pleurait, mais on a réussi, on l’a fait. Je savais que c’était bien d’être là.

Je suis très heureuse d’être née dans cette vie, où on a toute cette nature, où on est si proches des rennes.

Ma mère m’a appris le respect des rennes, de la nature, de la famille, des amis. J’ai grandi dans cette culture et dans cette famille. J’ai donc appris tout ce qui appartient à la culture sámi. C’est le style de vie qu’on m’a donné. Mes grands-parents m’ont aussi beaucoup appris, tout ce que leur culture inclut. Ils ont essayé de me donner des règles de vie.

Dans notre culture, on respecte nos parents, notre famille, les grands-parents… On respecte aussi la nature et le travail traditionnel. Je veux simplement que ma fille sache qu’elle peut avoir de bons conseils de vie. Mais je suis encore si jeune et j’ai tant à apprendre moi-même. J’apprends aussi grâce à elle.

Ma mère et moi, on est différentes : elle a passé beaucoup de temps à nous éduquer et nous a permis plus tard de faire ce qu’on voulait. Si je peux, j’essaierai d’être comme elle. C’est une femme forte et je rêve d’être comme elle.

Mais je suis jeune, je suis encore à l’école, c’est difficile, mais j’essaie de faire au mieux pour élever ma fille. On ne peut pas nous comparer, ma mère et moi, car elle est d’une autre génération. J’ai grandi dans un monde très moderne, mon autre défi, c’est l’école, tout ce qui inclut ce monde moderne.

On ne vit plus comme avant, à travailler avec les rennes et se nourrir d’eux uniquement. Aujourd’hui, il faut payer pour tout, c’est le règne de l’argent. Ce monde de l’argent me fait peur.

Si vous n’avez pas d’argent, vous ne pouvez pas continuer à travailler avec les rennes. L’élevage a beaucoup changé : les scooters, les motos… Tout est si cher.

Avant, l’argent n’avait pas d’importance, on ne se battait pas pour lui.

Aujourd’hui, si vous n’en avez pas, ça signifie pour beaucoup de gens que vous n’aurez rien de ce que vous voulez.

C’est difficile de dire si c’est mieux ou pire quand on n’a pas vécu avant tout ça. Ma mère, elle, peut faire la comparaison.

J’ai toujours vécu de cette façon, mais les gens qui vivaient il y a 200 ans seraient très choqués de voir la vie actuelle.

Les aînés vivaient dans les lavvu, des tentes, toute l’année et luttaient contre le froid.

Les maisons ont du bon, on y est habitués et on ne pourrait plus vivre dans le froid. Je suis née dans ce monde, dans cette vie et je ne peux pas penser au passé avec nostalgie.

Autrefois, les activités des femmes étaient plus nombreuses. Même si elles suivent aussi des études aujourd’hui, et que c’est difficile, elles ont moins d’activités à la maison grâce aux machines à laver, à l’eau chaude,aux toilettes dans la maison, à la voiture. On ne doit plus marcher autant qu’avant ou bouger avec les rennes. Mais il y a deux facettes dans ces apports :

Aujourd’hui, avec les machines, celles qui servent à communiquer par exemple, on ne se rend malheureusement plus autant visite qu’avant. Ma grand-mère m’a toujours dit qu’il n’y a plus autant de visiteurs et d’invités qu’autrefois, quand les sámi bougeaient toute l’année avec les rennes. Ils s’arrêtaient toujours chez l’un ou l’autre pour dormir ou boire un café. Maintenant, c’est le stress, les routes, les voitures, les journées surbookées... Tout va plus vite. En plus, on ne veut plus partager son intimité.

Avec l’arrivée de la voiture, d’internet, de la télé, la tradition orale des histoires a disparu. Lorsque l’on discute sur Facebook, on perd aussi la richesse de notre lange sámi.

C’est comme le yoik, notre chant traditionnel : avant, on l’entendait quotidiennement, quand on travaillait.

Avant, quand ils travaillaient dehors, ils joikaient. Maintenant ce n’est plus aussi fréquent. Cette tradition orale du conte, je vais essayer de la pratiquer avec ma fille quand on sera dans les montagnes, avec les histoires sur les lieux dangereux, les rivières. C’est grâce à toutes ces histoires anciennes avec les Stallo, les mauvais esprits qu’on a beaucoup appris aux enfants sur les dangers quotidiens dans la nature. Les enfants comprenaient mieux avec ces histoires: si tu t’approches de la rivière ou de l’eau et que tu sais qu’il y a un stallo dedans, tu comprends mieux que c’est dangereux de t’en approcher.

Je pense que c’est mieux aujourd’hui, mais qu’en termes d’environnement, ça va très mal. Il faudrait laisser la nature se reposer.Tout le monde veut construire dans la toundra et en tirer profit. Tout le monde aime tant l’argent. J’ai peur du réchauffement climatique. Le pire, c’est chez les Inuits, car ils sont habitués à vivre dans le froid et que la glace va disparaître au Groenland. Je suis très intéressée par les autres cultures autochtones. Je respecte toutes les cultures. Quand vous allez quelque part, vous devez respecter les cultures, chaque minorité a ses spécificités Je vais suivre des cours sur les autres minorités à l’université. Je pense être en mesure de bien comprendre leur situation du fait que je suis née dans une minorité autochtone.

Le réchauffement climatique va aussi changer notre vie ici, pas la mienne, mais celle des gens qui viendront après moi. Tout va changer : notre nature, nos rennes et donc notre mode de vie. Le travail avec les rennes va changer à cause du climat, car on dépend du climat dans l’élevage des rennes.

Nous, les sámi, nous devons trouver une solution pour éviter ces changements. Avec toutes les opportunités qu’on a aujourd’hui, on est plus forts pour trouver des solutions qui nous conviennent.

Autrefois, le mode de vie des sámi était meilleur pour la nature. On en était plus proches.

Parmi tout ce que mes ancêtres ont fait, ont su, beaucoup de choses ont disparu. On les a perdues, on ne pouvait plus vivre comme eux. Mais il faut qu’on se batte pour ce qu’on sait encore. On doit s’assurer qu’on continue à les apprendre et qu’elles ne disparaîtront pas. Ce qui est important, c’est la transmission des informations pas les livres ou tout autre moyen. Ça va aider pour la situation actuelle et future.

Il ne nous reste plus grand-chose de la nature aujourd’hui, et on devrait prendre soin du peu qu’il reste. On a fait tant de mal.

Ce que je crains pour les générations futures, c’est l’état de la nature. J’espère que mon enfant respectera les traditions et ne les laissera pas disparaître. Mais ça dépend vraiment de l’éducation que je lui donne. Je suis optimiste de nature. J’espère que notre travail sera toujours proche de la nature dans le futur.

Certaines formes de tourisme sont nocives : elles dévastent le monde sauvage. Elles peuvent aussi être aussi nocives pour les sámi. Notre image est manipulée par certains mauvais reportages télé. Ce sont les sámi qui devraient plutôt faire les reportages sur leur propre culture."