ANNABELLE FOUQUET

Photographe / Auteure de documentaires

Les voix des femmes sámi:

SÁPMELAŠ

« Nos parents ont toujours beaucoup admiré les suédois : ils étaient éduqués, ils avaient de l’argent, des machines, ils inventaient des choses... Les sámi, eux, ont toujours été isolés dans les forêts de rennes. Ils ne parlaient même pas correctement le suédois, ne connaissaient pas les codes de vie de la société suédoise…

Du temps de la génération de ma mère, les sámi n’étaient pas fiers de leur identité sámi: ils devaient la cacher pour s’adapter à la société suédoise. Ils changeaient leurs noms, prenaient des noms suédois, ils parlaient suédois, ils oubliaient la gákti, l’habit traditionnel…

Je sens de bonnes ondes dans la société sámi aujourd’hui, les gens sont heureux d’être sámi. On veut redécouvrir la langue, apprendre à coudre, à travailler avec les rennes…Aujourd’hui, les sámi ont un grand respect pour leur culture, c’est fantastique. »

LAILA-CHRISTINE UTSI, 27 ans, Suède.

« Les sámi n’avaient pas une haute estime d’eux-mêmes à l’époque. Ils prenaient les suédois pour modèles. C’était la façon de réussir. « Pour réussir, deviens suédois ». Les aînés étaient très impressionnés par les suédois, car ils ne connaissaient que l’élevage de rennes et le duodji, l’artisanat traditionnel, et beaucoup de mots pour décrire la neige, mais les suédois, eux, étaient éduqués et avaient le savoir, ils gagnaient de l’argent, ce qui leur permettait d’entretenir leur famille. C’était eux, et pas les sámi, qui avaient le pouvoir dans la société. Déjà dès l’école, ils essayaient de devenir comme les suédois.

J’ai donc épousé un suédois, comme mes frères et sœurs. Ma mère était très impressionnée, elle adorait tous ses beaux-fils. (...)

J’ai souhaité élever mes enfants comme des suédois, car je ne voulais qu’ils soient partagés entre deux cultures, entre deux identité. Je leur ai donc parlé suédois. J’avais peur qu’ils se sentent différents des autres enfants suédois si je leur disais qu’ils étaient sámi. Mais inconsciemment, je leur ai quand même transmis la culture sámi.(...)

C’est beaucoup mieux pour la génération actuelle : ils sont forts et fiers d’être ce qu’ils sont. C’est fantastique que ma fille fasse ce qu’elle a choisi de faire, le duodji, et elle est douée. Je ne regrette pas du tout qu’elle soit différente de ce que j’imaginais. Je suis agréablement surprise d’avoir des enfants sámi alors que j’ai essayé de les élever en vrais suédois. Si j’en avais eu l’occasion, j’aurais peut-être fait des choix différents dans la vie. Ça m’intéresse de voir comment la vie de de ma fille évolue car elle prend une voix que je n’ai pas prise mais que j’aurais pu emprunter. »

KARIN UTSI, 62 ans, Suède.

« De nos jours, l’estime de soi chez les femmes sámi est plus forte quand elles excellent dans un domaine. Autrefois, la satisfaction du travail bien accompli était suffisante, on n’en parlait pas et on n’en tirait pas de fierté. Les professeurs d’aujourd’hui apprennent aux enfants à être fiers d’eux-mêmes quand ils réussissent dans un domaine, à avoir une bonne estime de soi. C’est bien pour les femmes sámi : la jeune génération a une bonne image d’elle-même. Les sámi ne sont plus aussi peu sûrs d’eux-mêmes, grâce à l’école : ils s’investissent plus en politique pour défendre la culture sámi. Leur voix est plus forte, comme celle des femmes : on n’est plus aussi honteux de notre identité sámi qu’à mon époque, où on avait du mal à dire qu’on était sámi, en Finlande. »

KIRSTEN-ELLEN GAUP-JUUSO, 53 ans, Finlande.

« Les jeunes sámi essaient d’apprendre le travail traditionnel, la langue, la façon de vivre…Pourtant ils sont obligés de mener une vie à l’occidentale, où il faut aller à l’école entre dix et vingt ans, avoir un bon salaire et tout le reste. Les jeunes sámi doivent donc aujourd’hui mener de front deux vies. Ils doivent être à la fois ce que le monde occidental attend d’eux et ce que le monde sámi leur demande. Il faut être capable de naviguer entre les deux, sans aucune raison valable à mes yeux. »

KARI-MÁKREDA UTSI, 28 ans, Norvège.

SÁPMELAŠ, « Être sámi »