ANNABELLE FOUQUET

Photographe / Auteure de documentaires

Les voix des femmes sámi:

SÁPMELAŠ

INTERNÁHTTA, "L'internat"

« Dès l’âge de sept ans, on est tous allés à internat, et on y est restés sept années. On revenait à Noël, à Pâques et en été. Le reste du temps, on était en internat. C’était rendu obligatoire par le gouvernement: on n’avait plus le droit de rester à la maison. J’aimais apprendre, mais je n’aimais la façon dont on apprenait. Pendant sept ans, on n’a pas eu le droit de parler sámi, seulement le suédois, sinon on nous battait. On ne pouvait même pas jouer en sámi. Le soir, ils fermaient les portes à clé, on ne pouvait même pas aller aux toilettes, on avait des pots de chambre. La seule chose qu’on pouvait avoir à nous, c’était notre Gákti, notre robe traditionnelle.

Mon père était allé deux semaines à l’école dans son enfance, et puis il s’était sauvé et n’y était plus jamais retourné, même s’il n’avait pas le droit de faire ça. C’était plus facile à faire pour les enfants dont les parents vivaient près de la voie ferrée mais plus tard, on les rattrapait et on les faisait revenir à l’école. »

ELLEN SUORRA, 70 ans, Suède.

« J’avais huit ans quand je suis partie en internat à Kautokeino. De novembre à Avril.

On revenait à la maison pour Noël et Pâques. J’aimais autant ces deux vies : être dehors avec mes parents et être à l’école. J’avais beaucoup à faire à l’école, par exemple, emmener les plus petits chez le dentiste ou le docteur, comme les professeurs me le demandaient souvent, car je parlais les deux langues.. J’avais le droit de parler le norvégien et le sami. Mais tous les cours étaient en norvégien.

J’entends souvent des gens dire que les professeurs n’étaient pas gentils avec les autres élèves, mais, pour moi, ils ont toujours été bons et m’ont toujours traitée correctement. Les autres enfants, maintenant qu’ils sont adultes, me disent que j’étais une exception parce que la directriçce m’adorait. On me traitait mieux que les autres. C’est peut-être parce que je parlais norvégien. »

KAREN- ELLEN MARIE SIRI UTSI, 66 ans, Norvège.

« L’hiver on restait dans ces petites maisons, mais au printemps, avec toute la famille, on suivait les troupeaux de rennes. On partait avec des traineaux tirés par des rennes domestiqués en direction des montagnes vers l’ouest.

J’ai suivi le troupeau pour la dernière fois à l’âge de six ans. Ça a commencé à changer quand j’ai du aller à l’école à Jokkmokk. C’était une école spéciale pour les enfants dont les parents étaient des sámi nomades. À l’âge de sept ans, tous les enfants allaient à l’école et y vivaient.

Le trajet n’était pas très long entre Porjus, le village où ma famille restait l’hiver et l’école, mais on n’avait le droit de revenir à la maison que deux fois avant Noël. Les enseignants nous parlaient en Suédois, même si on ne comprenait pas cette langue, mais on l’apprenait.On apprenait le Suédois. On ne nous parlait pas sámi, ça n’était donc vraiment encouragé de le pratiquer, mais il n’y avait aucune loi contre non plus. Les cours était normaux, à part un cours sur la culture sámi.

C’était une bonne école, mais après les cours, les professeurs n’étaient plus là. Avec les autres enfants, on essayait de jouer pour faire passer le temps. La maison me manquait. Heureusement, j’avais des frères et sœurs avec moi à l’école et je ne me sentais pas seule.

Les weekends, on portait la robe traditionnelle sámi, la gákti, et tous les dimanches on allait à l’église, c’était la règle. On avait une éducation scolaire très religieuse mais on n’en était pas conscient, parce que c’était la tradition, c’était naturel. On commençait chaque matin en chantant des psaumes. On priait souvent à l’école, mais pas du tout à la maison, sauf quelquefois avec ma grand-mère."

KARIN UTSI, 62 ans, Suède.

« Le dernier jour, j’étais tellement contente que j’avais cassé une fenêtre pour partir.

Aujourd’hui, ils ont fait une nouvelle école sámi. Mes enfants y sont allés quand ils étaient petits. Mais ce n’est plus un internat, c’est devenu une simple école, dès 1965. Chaque fois que je retourne dans cette école, la mémoire me revient tout de suite avec l’odeur, elle n’a pas changé : ça me rappelle de mauvais souvenirs. »

ELLEN SUORRA, 70 ans, Suède.

« Je suis allée à l’école à sept ans, jusqu’à seize ans. Je n’ai pas vécu tant que ça en internat, quelques mois à l’automne. Je ne passais pas beaucoup de temps loin de chez moi. Je dormais parfois à l’internat, c’était confortable, et j’en garde de bons souvenirs.

Ce qui n’était pas bien, c’est qu’on devait parler norvégien, on y était obligés et c’était très dur à apprendre. C’était une triste époque car comme on ne pouvait pas utiliser le sámi, je n’ai jamais vraiment appris à le lire ou l’écrire. On avait le droit de parler sámi, mais, avec les professeurs, il fallait parler norvégien. Il n’y avait pas encore de professeurs sámi parce qu’ils étaient trop peu nombreux à être instruits à cette époque. A l’heure actuelle, c’est vraiment mieux pour les enfants sámi car leurs professeurs sont sámi. Les livres sont en sámi et ils apprennent la langue sámi, à l’oral et à l’écrit. »

KIRSTEN-ELLEN GAUP-JUUSO, 53 ans, Finlande (Née en Norvège).