ANNABELLE FOUQUET

Photographe / Auteure de documentaires

Les voix des femmes sámi:

SÁPMELAŠ

OSKU, "La religion"

« La religion sámi a été totalement interdite à l’époque de ma mère, et depuis bien des siècles. Ce qui reste très présent, ce sont les pierres sacrées. Quand on était petits, ma mère nous racontait qu’avec mon père ils allaient offrir du poisson aux pierres pour avoir des filles, mais c’était des histoires, ils ne le faisaient pas pour de vrai. Ça montre quand même qu’ils continuaient de respecter les pierres des montagnes. C’est presque tout ce qui reste.

On fait partie de la chrétienté maintenant, mais on ne va pas à l’église si souvent. Ça donne surtout des occasions de se réunir en famille. C’est bien d’avoir des baptêmes car il y a un vrai spectacle et on fait tous ces beaux vêtements. Je pense que la religion a un effet positif pour ça. Toutes les occasions qui permettent de se rassembler entre sámi, et qui permettent de faire vivre notre culture me semblent bonnes.

A l’époque de ma mère, la religion chrétienne était plus dure : le laestadianisme était dur mais je pense que ça a été un bien pour les sámi car il y avait trop de désordre et les gens buvaient trop à cette époque, à cause du système norvégien.

C’est comme le yoik, le chant traditionnel . On a appris le yoik tout seuls : ma mère ne nous l’a pas appris à la maison en grandissant, mais notre mère a yoié plus tard et nous l’avons enregistré.»

ELLE UTSI, 32 ans, Norvège.

« Mes parents étaient Laestadianistes (mouvement religieux conservateur luthérien): on ne jurait pas, on ne buvait pas, on ne jouait pas aux cartes, et nous, les enfants, on ne pouvait pas aller danser, ni aller au cinéma en ville. Ils étaient chrétiens, mais ne pratiquaient pas la religion au quotidien dans les maisons : pas de prières ni de psaumes, seulement la moralité. Je pense que mes parents avaient inconsciemment une manière d’intéragir avec le religieux similaire à la manière employé par les sámi dans avant l’arrivée de la chrétieneté. On était reconnaissant de ce qu’on avait, mais on ne priait pas et on ne demandait rien. On n’avait pas grand-chose, donc on était heureux du peu qu’on avait. On était toujours reconnaissant de ce qu’on possédait, car tout était rare et précieux.

Les sámi étaient assez pudiques et timides, les femmes n’avaient pas le droit de montrer leurs jambes, ni aucune autre partie de leur corps, même en été, ni de se couper les cheveux ou d’enlever les chapeau en public. C’était leur façon d’être. De ce point de vue-là, la société suédoise était beaucoup plus libre que la société Sami, même à cette époque.

Mes parents ont été aussi élevés de façon très religieuse, donc ils ne parlaient jamais de l’ancienne religion. Personne ne yoikait dans la montagne, sauf les hommes saouls. C’était interdit par l’église chrétienne.

Je me demande qui avait toutes les informations que l’on peut entendre aujourd’hui sur les anciennes croyances sámi. Il y a dû avoir des gens qui se souvenaient, mais je ne les ai jamais entendu.

Il y avait peut-être une chose qui nous restait de l’ancienne religion, c’était la superstition : les gens étaient très superstitieux. Dans la mesure où ça n’était pas considéré comme des croyances religieuses, elles étaient tolérées par l’église laestadianiste.

Ces supersitions servaient par exemple à élever les enfants, on leur apprenait ainsi à se comporter dans certaines situations. »

KARIN UTSI, 62 ans, Suède.