ANNABELLE FOUQUET

Photographe / Auteure de documentaires

Les voix des femmes sámi:

SÁPMELAŠ

SIRDIN, "Transmission"

« Je pense que ma mère n’a aucun problème d’identité et elle ne comprend pas ce besoin de se battre pour notre identité. Elle a davantage vécu dans une société sámi. Elle ne peut comprendre le problème comme nous. Son éducation scolaire n’était pas aussi sámi que la nôtre aujourd’hui, mais elle a grandi dans les montagnes dans une société et une culture d’éleveurs de rennes.»

ELLE UTSI, 36 ans, Norvège.

« Pour ma mère, l’identité sámi était là, c’était normal,il n’y avait rien à ajouter ni à améliorer. Pour nous, c’est pareil : je n’ai pas besoin de dire à mes enfants « Vous êtes sámi », c’est naturel. On ne se pose pas la question de savoir ce qu’on est, ou ce qu’on n’est pas. Mais j’ai quand même un rôle à jouer. Peut-être que ma mère pensait la même chose, je ne sais pas. Je pense que nous, les jeunes générations, nous sommes plus fragiles, plus connectés au mode de vie européen. On essaye davantage de préserver notre culture qu’à l’époque de ma mère. »

SARA-IŊGÁ UTSI BONGO, 26 ans, Norvège.

« Parmi tout ce que mes ancêtres ont fait, ont su, beaucoup de choses ont disparu. On les a perdues, on ne pouvait plus vivre comme eux. Mais il faut qu’on se batte pour ce qu’on sait encore. On doit s’assurer qu’on continue à les apprendre et qu’elles ne disparaîtront pas. »

IŊGÁ-MÁRET GAUP-JUUSO, 23 ans, Finlande.

« Je n’ai pas besoin de lui enseigner le Norvégien : tout est écrit en norvégien, sur les aliments, sur la bouteille de lait… Ils apprennent le norvégien en regardant la télé tous les jours. On ne se pose pas de question quant à son apprentissage du Norvégien, ça vient de soi : c’est plutôt l’apprentissage du Sámi qui nous préoccupe, même si c’est sa langue maternelle et qu’on la parle à la maison.

(...)

Je suis très traditionnelle et je serais peut-être plus adaptée à la société d’autrefois. Je sais que la vie était dure à cette époque par rapport à la nôtre. C’est pour ça que j’aurais voulu que le changement se passe autrement, moins vite.

Vous savez sûrement que, quand le changement est arrivé, il a provoqué l’alcoolisme et d’autres problèmes sociaux chez les autochtones. Il a été plus fort chez d’autres, comme les inuit par exemple. Ils se tuent, ils boivent. Ça a été un choc culturel ici aussi. Mais du fait qu’on a un bon niveau de vie ici, du fait que la Norvège est un pays si riche, ces problèmes ne sont pas aussi graves qu’au Groenland par exemple.

Mais les problèmes restent en nous : c’est très difficile. L’éducation sámi de ma fille, que je dois assumer, c’est un problème qui m’est personnel, que les autres ne peuvent pas comprendre. Je me questionne sur la manière de lui offrir suffisamment d’aspects de notre culture qui lui donneront une identité forte. De cette manière elle pourra s’épanouir, devenir quelqu’un ayant de bonnes valeurs, ayant une appartenance naturelle à sa propre culture, son pays et son chez-soi. Sans cela, on peut se retrouver en plein coeur des problèmes soicaux typiques qui touchent les peuples autochtones.»

ELLE UTSI, 36 ans, Norvège.

« Je pense, au moins pour moi-même, que quand j’aurai enfin des enfants, j’essaierai de leur donner le sens de ce qu’ils sont, de ce à quoi ils ont droit, de tout cet héritage. Je me concentrerai sur la transmission des contes, des lieux, des visages, des noms, de tout. « Ceci est votre histoire et voici ce que vous êtes ». Parce que je pense que, peu importe pourquoi vous devez vous défendre, que ce soit parce que vous êtes noir ou homosexuel ou pour toute autre raison dans une minorité, ce dont vous avez vraiment besoin, c’est d’un socle solide sur lequel vous tenir debout.

Vous devriez savoir pourquoi ils vous choisissent et vous harcèlent, vous devriez avoir une réponse. Il faut donner de vraies réponses aux enfants. Parce que, enfant, vous ne pensez qu’à vous fondre, à être accepté, à vous faire des amis. Donc, quand on m’ennuyait parce que j’étais sámi, comme je ne voyais aucune aide de la part des autres enfants ou de mes parents, je crois que je répondais, pour qu’ils se taisent : « je ne suis pas sámi, mon père est suédois ».

C’était une réponse facile et enfantine pouyr résoudre ce problème. Mais j’avais ce seintiment de honte. Parce que je savais que ce n’était pas juste de me rabaisser moi-même. Je voudrais vraiment éviter cela à mes enfants. Pour ça je dois leur procurer un sentiment identitaire fort, et des réponses satisfaisantes pour ce genre de situations..»

LAILA-CHRISTINE UTSI, 27 ans, Suède.

« On apprendra à nos enfants à concilier les modes de vie traditionnel et moderne, à l’européenne. Ils auront une éducation suffisante pour pouvoir choisir ce qu’ils préfèrent. Ils auront le choix. »

SARA-IŊGÁ UTSI BONGO, 26 ans, Norvège.

« J’essaie de donner à ma fille les meilleures règles de vie possibles, celles qui pourront l’aider. C’est elle qui décidera ce qu’elle voudra faire. J’espère aussi avoir assez d’informations de la part de ma mère pour les transmettre à ma fille. Il y a aussi mon copain. Je ne suis pas seule : son père l’élève aussi. Le meilleur moyen de bien gérer nos vies, c’est de travailler avec les hommes, de s’aider mutuellement. »

IŊGÁ-MÁRET GAUP-JUUSO, 23 ans, Finlande.